15 décembre 2015

Les bonnes raisons de se faire son burn-out

 "Une maladie de l'âme en deuil de son idéal".

Freudenberger

 

Considérer que le burn-out ne dépend pas seulement d’une fragilité ou d’un surinvestissement dans le travail participe à sa prévention et permet aux personnes de sortir de l’isolement pour lever les potentiels tabous sur le sujet.

 

 

I / LES CAUSES DU FAIT DE L'EMPLOYEUR

 

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1ère cause : le manque de sens

Une des causes les plus fréquentes mais pas systématique est liée au manque de sens et à une remise en cause de l’existence même de la personne humaine dans la réalisation de la mission pour laquelle il ou elle s’engage à collaborer. Les organisations complexes, les managers situés à l’étranger, l'unilatéralité de la communication par mail, la déshumanisation du travail ont transformé le salarié en numéro avec un rôle et une place trop floue et sans vraie perspective. Les tâches innombrables sont là, les objectifs inatteignables aussi, les directives et la pression encore plus, mais plus personne ne sait vraiment quel est le cap, ni la direction à prendre. Les réorganisations permanentes, les rachats, les changements d’actionnaires, de directeurs et/ou de managers empêchent toute communication durable, détruisent le lien humain nécessaire à la construction d’une équipe gagnante. Le sens indispensable à toute réussite tant personnelle que professionnelle a littéralement disparu entre les strates hiérarchiques et managériales au fur et à mesure que les années ont passées. Le résultat est que les salariés ne comprennent plus leur rôle, ressentent une grande solitude et un grand désarroi face à l’image que leur renvoie leur travail.

Selon une étude menée par l’université de Rochester et l’institut GALLUP, le premier besoin humain est celui d’égalité intrinsèque basé sur la reconnaissance, le respect, la bienveillance et la confiance. Ces nouvelles pratiques d’entreprises que nous venons de décrire empêchent très simplement à ces valeurs d’être les vrais repères qu’elles sont censées représenter.

Les responsables ont au fur et à mesure  pris l’habitude d’être déconnectés du terrain et des contraintes quotidiennes de leurs salariés souvent conséquences directes de coupes budgétaires, de réduction des effectifs, ou de méthodes de travail focalisées sur les chiffres, les tableaux et le reporting.

Les signes précurseurs à prendre en considération pour réaliser les risques encourus pour les salariés: tâches incompréhensibles, mutisme et/ou agressivité du hiérarchique en réaction aux questions de fonds et d’intérêt à certaines pratiques, forte démotivation, impossibilité de se projeter dans le temps, dévalorisation de soi qui aboutit à la perte d’estime de soi.

Les signes précurseurs à prendre en considération pour réaliser les risques encourus pour les entreprises : désengagement actif, résultats non-atteints, baisse de productivité, absentéisme, turn-over.

 

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 2ème cause : organisation, intensité, quantité de la charge de travail, et délais accordés pour la réaliser

C’est à priori le problème numéro 1, le dénominateur commun à tous les burnout. A partir de quand sommes-nous  en surcharge de travail sachant que les effectifs diminuent, les tâches augmentent, qu’il faut toujours faire plus, mieux, plus vite avec moins ?

http://www.inrs.fr/risques/epuisement-burnout/ce-qu-il-faut-retenir.html

Plusieurs facteurs :

- Les objectifs donnés sont mal définis, mal compris, et inatteignables

- L’insuffisance ou l’inexistence d’une organisation digne de ce nom engendre une mauvaise répartition des rôles, la non prise en compte des compétences et des expériences de chacun. Résultat : le travailleur n’a aucune latitude pour réaliser les objectifs. Les moyens disponibles pour les atteindre sont totalement insuffisants. Comment réussir à construire, comment être serein dans son job sachant qu’un stress est entretenu parfois volontairement pour « stimuler » les individus ?  Nous savons aujourd’hui que de telles pratiques sont destructrices, qu’elles cassent le lien entre les personnes et que cela  est source de déséquilibre, de perte de mémoire, de douleurs, de problèmes de sommeil, de maladies plus ou moins graves.

Les signes pré-curseurs à prendre en considération pour réaliser les risques encourus par les salariés : stress permanent, présentéisme, absentéisme, isolement du collaborateur, irascibilité, utilisation quotidienne de médicaments, alcool, drogue, plus aucune vie personnelle.

Les signes pré-curseurs à prendre en considération pour réaliser les risques encourus par l'entreprise: démotivation, désengagement, absentéïsme, turn-over.

 

 

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 3ème cause : manque de pouvoir sur son travail au quotidien

C'est obliger le salarié de travailler selon des cadres rigides, le mettre dans l’impossibilité de prendre son travail en main, le rendre dépendant d’une ou plusieurs personnes pour effectuer ses tâches,  mettent le salarié en situation d’inconfort et de sous-estime de lui. Il lui est alors impossible de mettre son expérience au service de l’entreprise, impossible d’améliorer les processus, de prendre des initiatives. Plus la personne sera engagée au départ, plus cela génèrera des frustrations et progressivement une désengagement actif sans espoir de modification. Le salarié devient  une simple machine à exécuter des tâches.

Les signes précurseurs à prendre en considération pour réaliser les risques encourus pour les salariés : perte d'estime de soi, désengagement, isolement,

Les signes précurseurs à prendre en considération pour réaliser les risques encourus pour l'entreprise : tensions, agressivité, absentéisme, turnover

 

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4ème cause : un mauvais climat de travail et des tensions dans la communication et les relations interpersonnelles

Plusieurs facteurs :

. Existe-t-il des valeurs autour desquelles les salariés ont adhéré ?

. Y a-t-il un sens derrière les objectifs à atteindre ou est-ce seulement une question d’argent ?

. Ces objectifs ont-ils bien été compris, la communication a-t-elle été suffisamment claire, le suivi est-il effectif dans leurs réalisations ?

. L’expression des salariés est-elle respectée et valorisée ?

. Règne t’il un climat de violence au sein des locaux ?

. Existe-t-il une reconnaissance sincère de la qualité du travail et des efforts fournis ?

. L’encadrement de proximité est-il formé et est-il réellement compétent sur ces sujets ?

. Y a-t-il un réel dialogue et une réelle communication avec les salariés, ou existe-t-il plutôt des pratiques liées à la rétention d’information ?

Les signes précurseurs à prendre en considération pour réaliser les risques encourus pour les salariés : agressivité, violence verbale comportementale et physique,

Les signes pré-curseurs à prendre en considération pour réaliser les risques encourus pour les entreprises : désengagement à tout les niveaux, violence, mépris, non-atteinte des objectifs, productivité en chute libre, absentéïsme, turnover.

 

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5ème cause : l’insécurité intrinsèque  

Risque récurrent quant à la pérennité du poste, aux retards dans le versement des salaires, à la précarité d’un type de contrat, à la peur de devoir changer de qualification sans être accompagné constituent des causes d'insécurité intrinsèque.

 

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6ème cause : un problème culturel, le non-droit à l’erreur Français 

Que ce soit pour des entrepreneurs ou pour des entreprises déjà en plein développement, ou que ce soit dans l'entreprise en tant que salarié, notre pays a des boulets structurels dont il n’a pas toujours pas pris la mesure. Cette obligation impérieuse de réussir condamne unilatéralement celui ou celle qui sera l'auteur d'une erreur. Ce système fonctionne à l’inverse de ce qui se fait dans les pays anglos-saxons. J'en veux pour preuve qu'en France les banques refusent tout prêt à une personne qui à subi une liquidation, dans les pays anglos-saxons, les banques prêtent en fonction du nombre d’échecs subis par les entrepreneurs

 

II / LES CAUSES DU FAIT DU SALARIE

Bien que les RPS soient les éléments majeurs nécessaires, il ressort de certaines études qu’il existe des typologies de personnes dont l’instabilité émotionnelle et/ou le côté perfectionniste, persévérant, « tâtillon », peuvent constituer des terrains propices à la survenance du burnout.

Le caractère essentiel du sens et les valeurs qu’accordent certains travailleurs à leur épanouissement par leur travail portent en eux-mêmes un très fort niveau d’implication et d’engagement représentant des déséquilibres importants et donc des risques potentiels.

Ce qui me semble également important c'est le rôle majeur du stress dans la survenance du burnout. C'est bien évidemment une conséquence et non une cause, mais je souhaitais le préciser car il joue un rôle prépondérant.

http://www.inrs.fr/risques/stress/ce-qu-il-faut-retenir.html

Pour conclure, au vu de mes rencontres et des échanges que j'ai pu avoir avec des personnes ayant subi des burnouts, je préfère préciser que cette liste bien qu'elle soit assez complète, n'a pas la prétention d'être exhaustive pour la simple raison qu'il n'existe finalement que des cas particuliers faits de parcours personnels et professionnels différents et de toute nature. Le burnout touche toutes les catégories de la population, tous les types d'entreprise : publiques, privées, tpe, pme, les multinationales, les infirmières par exemple d'où le syndrome d'épuisement professionnel est apparu pour la première fois.